Face à la fermeture du détroit d’Ormuz, de nouvelles routes s’ouvrent pour exporter le pétrole irakien, dont l’économie dépend fortement de ses champs pétroliers. Début avril, un contrat inédit a été signé entre Bagdad et Damas. Des centaines de camions-citernes traversent désormais la Syrie jusqu’à la raffinerie de Baniyas, sur la côte méditerranéenne. Plusieurs centaines de milliers de tonnes de brut devraient y transiter jusqu’au mois de juin, à destination, entre autres, de l’Europe. Reportage de notre correspondante, Manon Chapelain.
Sur la route qui mène à la raffinerie portuaire de Baniyas, en Syrie, des centaines de camions-citernes chargés de diesel restent immobiles, garés sur le bas-côté. « Et c’est encore comme ça sur 30 kilomètres« , nous informe Ahmad, un chauffeur.
Ahmad arrive de Mossoul, en Irak, après 17 jours de voyage. Et sa cargaison, il la livre soulagé après, dit-il, avoir été empêché de travailler. « À cause de la fermeture du détroit d’Ormuz (par lequel la majorité du pétrole irakien transite habituellement, ndlr), on a subi beaucoup de pertes. Cela faisait six ou sept semaines que l’on était bloqué chez nous, au chômage technique, sans pouvoir travailler. Dieu merci, cette route avec la Syrie a ouvert« .
En effet, les revenus pétroliers de l’Irak, dont l’économie dépend à 90% de ses exportations pétrolières, ont chuté de plus de 70% en mars par rapport à février. Début avril, l’Irak et la Syrie ont donc signé un accord inédit : permettre à Bagdad de rouvrir un itinéraire à l’arrêt depuis plus de vingt ans, les derniers flux de pétrole irakien via la Syrie remontant au début des années 2000.
Le trafic à l’arrêt
Mais au poste-frontière, l’afflux est tel que les camions n’avancent pas, explique Issa, un autre chauffeur. « Il y a beaucoup d’embouteillages, beaucoup d’attente. On est restés bloqués 14 jours côté irakien, sur l’asphalte brûlant et sous la chaleur. Là-bas, c’est le désert ! Puis nous avons dû avancer en convoi jusqu’ici, sur des routes qui montent et qui descendent. C’était très compliqué, très dangereux« .
Face à ce flot soudain, rien, en Syrie, n’est aménagé : le trafic est presque figé. Voilà trois jours que ces deux chauffeurs n’ont pas bougé. « Ce qu’on veut, c’est simplement des places pour se garer. Un endroit pour cuisiner et dormir. Avec le bruit de la route, on ne peut pas fermer l’œil. On attend au milieu du trafic. Il y a quelques jours, un collègue qui traversait s’est fait renverser par une voiture. C’est vraiment dangereux« , commente l’un d’eux.
Un premier pétrolier a quitté le terminal de Baniyas mi-avril. De nouveaux départs devraient avoir lieu dans les prochaines semaines.









