Défiant Donald Trump en disant « non à la guerre », Pedro Sanchez récolte des soutiens en Europe

Dans une allocution prononcée mercredi 4 mars, Pedro Sanchez 

a promis que son pays ne serait « pas complice » des attaques américano-israéliennes menées contre l’ Iran 

« par peur des représailles de certains » – une référence directe au dirigeant américain 

, Donald Trump, irrité par son refus de laisser les États-Unis 

utiliser des bases en Espagne 

pour attaquer l’Iran.

Cette prise de parole tranche avec le ton beaucoup plus prudent employé ces derniers jours à Paris, Londres ou Berlin, et vient alimenter le bras de fer verbal entre le chef de gouvernement espagnol et le président américain.

Depuis plusieurs mois, Donald Trump 

s’en prenait déjà régulièrement au dirigeant espagnol, Madrid s’étant opposé à l’augmentation de ses dépenses de défense à 5 % de son PIB 

, comme le veut le nouvel objectif de l’Otan.

Mardi, le locataire de la Maison Blanche a cette fois-ci vertement reproché au gouvernement espagnol de gauche de refuser à l’aviation américaine l’accès à deux bases militaires situées dans le sud du pays pour sa campagne militaire contre l’Iran entamée samedi.

« L’Espagne a été terrible », a cinglé Donald Trump, menaçant directement Madrid 

de « cesser » complètement les relations commerciales entre les deux pays.

Malgré des difficultés à adopter une position commune très clairement définie face aux attaques menées contre l’Iran, ces tentatives d’intimidation ont valu au chef du gouvernement espagnol une série de marques de soutien de ses homologues européens.

Le président du Conseil européen, Antonio Costa 

, a déclaré sur X avoir exprimé « la pleine solidarité de l’ Union européenne 

avec l’Espagne » et le chef de l’État français, Emmanuel Macron, lui a dit « la solidarité européenne de la France en réponse aux menaces de coercition économique ».

Également sur X, Pedro Sanchez s’est dit « très reconnaissant » pour ces messages de soutien.

Mardi, le chancelier allemand Friedrich Merz 

, assis aux côtés de Donald Trump, était, pour sa part, resté silencieux en public, ce qui a « surpris » les autorités espagnoles, a reconnu mercredi le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares.

« Le chancelier s’est ensuite exprimé sur cet échange », a toutefois fait valoir mercredi le porte-parole du gouvernement allemand, Stefan Kornelius. « Il a clairement indiqué que l’Europe présentait un front uni sur les questions commerciales et qu’elle s’opposait fermement aux menaces de tarifs douaniers ou à d’autres mesures punitives. »

Sur le plan intérieur, la prise de position de Pedro Sanchez, dont le gouvernement appelle depuis samedi à une cessation des hostilités et une résolution pacifique du conflit, est vue par certains observateurs comme un moyen de resserrer son électorat autour d’une thématique qui fait consensus au sein de la gauche espagnole.

Entre défaites lors des scrutins régionaux, affaires judiciaires visant des proches 

et accusations de harcèlement sexuel au sein du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), le moment politique est en effet délicat pour le dirigeant socialiste, à un an des prochaines législatives, attendues au printemps 2027.

Sur X, le patron du Parti populaire (droite), principal parti d’opposition, Alberto Nunez Feijoo, a exhorté Donald Trump à « respecter » l’Espagne, tout en accusant Pedro Sanchez d’utiliser la politique étrangère à des fins « partisanes ».

Même le quotidien El País, réputé proche de la gauche, a mis en garde Pedro Sanchez mercredi matin, avant son intervention, en lui suggérant « d’éviter la tentation (…) d’utiliser l’immense animosité qui existe à l’égard de Trump dans la société espagnole pour gagner en popularité ».

Le slogan pacifiste « Non à la guerre » avait été utilisé par la gauche espagnole en 2003 lors de l’intervention militaire des États-Unis 

en Irak, où des troupes de Madrid avaient été déployées un temps, sous le gouvernement de droite de José Maria Aznar, alors très aligné sur les positions américaines.

Les attentats jihadistes qui avaient fait 192 morts le 11 mars 2004 dans quatre trains de banlieue à Madrid avaient dans ce contexte été attribués par de nombreux Espagnols à cette intervention en Irak, et la gauche avait remporté les législatives organisées trois jours plus tard.

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